Aller au contenu principal
Fermer

USA/MIDTERMS-ANALYSE-Même sans le Congrès, Trump pourrait agir à sa guise sur la scène mondiale
information fournie par Reuters 06/11/2026 à 00:25

par Matt Spetalnick

La débâcle du Parti républicain mardi lors des élections de mi-mandat au Congrès américain, dont il cèdera en janvier le contrôle des deux chambres au Parti démocrate, va nuire à la grande latitude dont jouissait Donald Trump depuis son retour au pouvoir en 2025, avec la perspective d'une surveillance accrue de ses décisions et d'un contre-poids législatif.

Mais, en matière de politique étrangère, le locataire républicain de la Maison blanche pourrait continuer d'agir sans entrave.

Si les chefs de file démocrates entendent cadrer l'action de Donald Trump quand ils prendront le 3 janvier prochain le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants - une première lors des deux mandats du dirigeant républicain -, ils ne disposeront que de moyens très limités pour influer sur les objectifs présidentiels à l'échelle internationale.

Qu'il s'agisse de l'Iran, d'Israël, de l'Ukraine ou de la Chine, Donald Trump restera le 'commandant en chef' jusqu'au terme de son second mandat, dans deux ans.

La question centrale, notent des analystes, est de savoir si le camouflet subi lors des "midterms", scrutin considéré par nombre d'électeurs comme un référendum contre la politique menée par Donald Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, va pousser le président républicain à s'assagir ou, au contraire, à s'enhardir en prenant des mesures encore plus fortes pour se construire un héritage sur la scène mondiale.

Un premier élément de réponse pourrait intervenir avec l'Iran, le conflit le plus pressant à régler pour Donald Trump, qui a admis mercredi, alors que se répandait une "vague bleue" électorale à travers les Etats-Unis, que cette guerre avait contribué à l'échec de son parti aux "midterms".

Il a toutefois insisté sur le fait qu'il n'avait aucun regret d'avoir lancé en février dernier au côté d'Israël une vaste campagne militaire contre la République islamique, revendiquant à nouveau avoir empêché l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. Téhéran nie vouloir développer une telle arme.

ENRAYER LE "CHAOS"

Les électeurs américains ont exprimé via les urnes leur mécontentement à l'égard de cette guerre contre l'Iran, qui a fait flamber les prix du carburant aux Etats-Unis et pesé sur la cote de popularité de Donald Trump, à des creux sans précédent depuis le début de sa carrière politique.

Au cours des derniers mois, les démocrates ont intensifié leurs critiques envers les élus républicains, accusant ceux-ci d'avoir cédé à Donald Trump la prérogative du Congrès de déclarer une guerre et d'avoir laissé au président une pleine latitude sur le plan international, principalement envers l'Ukraine, avec sa guerre commerciale mondiale et la capture en janvier dernier du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Le chef de file démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déclaré mercredi aux journalistes que son parti avait reçu pour mandat de placer un frein au "chaos de Trump sur le plan domestique et à l'étranger", ainsi que de stopper la guerre en Iran.

Plus facile à dire qu'à faire, étant donné la grande liberté d'action en matière de politique étrangère et d'opérations militaires conférée, de longue date, aux présidents américains.

En contrôlant le Congrès, les démocrates auront "la capacité de stopper le programme législatif domestique de Trump, mais pas vraiment la capacité d'empêcher un président d'user de ses pouvoirs de commandant en chef", a déclaré William Wechsler, l'un des directeurs des programmes consacrés au Moyen-Orient au centre de réflexion Atlantic Council.

Parmi les principaux outils que pourraient utiliser les démocrates figurent l'ouverture d'enquêtes parlementaires et le contrôle du budget permettant de financer les opérations militaires à l'étranger. Toutefois, aux yeux d'analystes, leurs leviers face au président républicain seront limités.

S'abstenant de répondre directement à des questions de Reuters sur les répercussions des "midterms", une porte-parole de la Maison blanche a déclaré que "le président Trump a de fait rétabli la puissance de l'Amérique sur la scène mondiale".

"Le président va continuer à travailler avec quiconque voulant prioriser l'Amérique et améliorer la qualité de vie des familles à travers le pays", a poursuivi Anna Kelly. "Ses décisions de politique étrangère n'ont jamais été motivées par les opinions politiques".

SITUATION DE "CANARD BOITEUX"

Il est fréquent que les présidents américains se retrouvant dans une situation de "canard boiteux" ("lame-duck"), avec l'impossibilité constitutionnelle de briguer un nouveau mandat et une influence réduite sur le plan intérieur, se tournent vers les affaires étrangères - de nombreux analystes s'attendent à ce que Donald Trump procède désormais de manière similaire.

Mais certains experts notent le risque que le caractère impulsif de l'actuel chef de la Maison blanche soit à l'avenir la source d'une instabilité accrue au Moyen-Orient ou du déclenchement d'un conflit supplémentaire, par exemple contre Cuba, que Donald Trump a placé sous embargo pétrolier en répétant envisager une intervention militaire sur l'île.

S'il venait à être "provoqué et acculé", a dit Laura Blumenfeld, analyste en politique étrangère à l'université Johns Hopkins, Donald Trump "pourrait choisir de faire étalage de ses pouvoirs présidentiels via un usage unilatéral de la force à l'étranger".

Concernant l'Iran, le président américain pourrait envisager d'effectuer de nouvelles opérations militaires majeures ou tenter de boucler un accord avec Téhéran, même si le prolongement du statu quo n'est pas à exclure non plus - une impasse qui pèse toutefois sur les prix énergétiques mondiaux et maintient sous tension les pays du Golfe alliés de Washington.

Des personnes au fait des discussions à propos de l'Iran au sein de l'administration américaine ont rapporté que Donald Trump n'écartait pas de nouveaux bombardements. Une source a dit que le président américain n'avait désormais plus rien à perdre sur le plan politique.

Toutefois, d'après Sina Toossi, spécialiste de l'Iran au think tank Center for International Policy, basé à Washington, une escalade avec l'Iran "n'offre aucun chemin évident vers la victoire et risque d'aggraver précisément les récriminations économiques qui ont poussé les électeurs (américains) à punir les républicains" lors du récent scrutin.

CHANGEMENTS VOULUS À L'ÉGARD DE L'UKRAINE ET D'ISRAËL

Relancer une campagne militaire majeure contre Téhéran pourrait aussi exacerber le mécontentement de la base "MAGA", dont les membres sont de plus en plus nombreux à reprocher à Donald Trump de n'avoir pas respecté sa promesse de campagne de mettre fin aux interventions militaires à l'étranger.

Séparément de l'Iran, les démocrates entendent utiliser leur contrôle du Congrès pour relancer le soutien américain à l'Ukraine dans son conflit face à la Russie, alors que Donald Trump a interrompu les aides directes et fait pression sur Kyiv pour qu'il négocie avec Moscou.

Pour cela, ils espèrent convaincre des élus républicains du Congrès de voter à leurs côtés en faveur de nouvelles aides à l'Ukraine, afin de disposer d'une majorité des deux tiers nécessaire pour outrepasser un potentiel veto présidentiel - une prérogative rappelée par Donald Trump dans la foulée des premiers résultats des élections de mi-mandat.

En outre, les démocrates veulent profiter de leur majorité retrouvée dans les deux chambres du Congrès pour entreprendre de réparer les relations des Etats-Unis avec des alliés européens et le Canada, même si des analystes soulignent que davantage sera nécessaire pour rassurer des gouvernements secoués par les droits de douane et les coups de pression de Donald Trump.

Un autre virage pourrait également s'amorcer en janvier, à l'égard d'Israël, avec un Congrès vraisemblablement moins favorable à un soutien inébranlable à l'Etat hébreu. Nombre de candidats démocrates élus lors des "midterms" sont des progressistes opposés à fournir irrémédiablement chaque année des milliards de dollars d'aides militaires à Israël et qui souhaitent la fin de la guerre en Iran.

Certains élus républicains questionnent aussi le soutien traditionnel apporté par leur parti à l'allié de longue date de Washington au Moyen-Orient.

Au bout du compte, de nombreux analystes anticipent que la politique étrangère de Donald Trump pour la fin de sa présidence sera guidée par sa propre vision de sa place dans l'Histoire, avec un second mandat marqué jusqu'à présent par le recours à la puissance militaire.

"Il est préoccupé par une volonté de laisser une empreinte sur le monde, pas forcément une empreinte positive", a déclaré Ross Harrison, membre du Middle East Institute, dans un webcast du centre de réflexion basé à Washington.

(Matt Spetalnick; rédigé par Jean Terzian)

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires